Tout a commencé l’été où le violoncelliste allemand Julius Berger est venu passer un mois à la maison. J’avais 7 ans. A la rentrée, j’ai dit   “J’aimerais bien faire du violoncelle”. 15 ans plus tard, nous jouions ensemble dans la magnifique salle  du Mozarteum de Salzbourg.

J’ai eu la chance que Patrick Gabard, Philippe Muller et Michel Strauss veillent sur mes années d’étude, appartenant grâce à eux à cette belle et riche école du violoncelle français.
La légende veut que l’année de mon Prix au CNSM de Paris, j’étais classée 2ème série au tennis. Cette légende est authentique.

Et puis, en 1992, j’ai rencontré Bernard Greenhouse, mon maître, élève de Pablo Casals, membre fondateur du Beaux-Arts Trio. Sa sincérité, la simplicité de sa technique ,son sens du phrasé et l’utilisation du temps dans ses interprétations ont bouleversé mon écoute de la musique.

Si j’avais à retenir quelques-uns des concerts qui m’ont menée dans bientôt 30 pays, je choisirais ; le Triple de Beethoven avec Yuri Temirkanov et l’Orchestre de St Petersbourg, le Quatuor pour la Fin du Temps au Théâtre des Champs- Elysées à l’occasion du centenaire d’O.Messiaen, les intégrales des sonates de Beethoven avec mon compère Cédric Tiberghien, la minute trente de silence qui a suivi  une pièce de Kurtag au Festival du Larzac, les tournées “Musicians from Marlboro” aux Etats-Unis.
Marlboro, justement : un rêve d’accéder  à ce festival mythique  où d’irréductibles musiciens font de la musique de chambre nuit et jour pendant deux mois. Ces trois étés passés dans le Vermont m’ont valu de jouer avec les plus grands chambristes et d’être considérée aujourd’hui, selon la formule consacrée, comme  “une chambriste appréciée et reconnue”.

Et puis, c’est à Marlboro que j’ai rencontré le compositeur György Kurtag avant de travailler longuement ses œuvres avec lui. Cet immense musicien a laissé une empreinte profonde et indélébile dans ma vie de musicienne.
Dès mon premier enregistrement, “ma” chère Sonate de Kodaly, un éminent magazine musical m’a remarquée comme  “une artiste indéniablement originale”. C’était encourageant pour les trois disques de récital qui allaient suivre, chez Lyrinx : l’œuvre de Mendelssohn avec mon frère P-L Aimard et deux programmes, sortant des sentiers battus, de musique française et hongroise avec C. Tiberghien. Ils ont été bardés de médailles  !

Longtemps j’ai assisté aux cours du grand pianiste et pédagogue hongrois György Sebök, médusée par sa vision humaine et artistique, je ne savais pas encore que l’enseignement me passionnerait un jour. La classe de violoncelle que j’anime dans mon cher et enthousiasmant Conservatoire  du 13e à Paris a vu grandir bien des violoncellistes ; la musique de chambre et la pédagogie que j’enseigne au CNSM sont source d’enrichissement permanent.
Depuis peu, mon compagnon de route est un violoncelle italien de 1694, vraisemblablement descendant de Grancino, minutieusement réglé par les soins de mon luthier Pierre Caradot. A mes heures perdues, je joue du piano et de la clarinette en amateur et aussi de l’accordéon et de la scie musicale.
Comment je suis devenue mime, ça, c’est une autre histoire. Pour l’heure, je me régale à glisser de la musique  au silence en présentant mon spectacle « Bulles » dans de vrais théâtres  avec des sièges rouges.

Et puis, je ne terminerai pas sans remercier quelques-uns de mes maîtres à penser , inspirateurs ou guides  : Claudio Arrau, Maurice Béjart, Hermann Hesse, Marcel Marceau, Ella Maillart, Harold et Maude, Roger Federer, Carlos Kleiber et puis mes parents sans qui tout ceci ne serait pas arrivé.